Présidente de la Commission des Affaires européennes de l'Assemblée Nationale
Membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées
Députée d'Indre-et-Loire

05 Mar

Interview du Président de la Chambre d’Agriculture Henry Frémont

Catégories : Travail en Circonscription

Le Président de la Chambre d’Agriculture, Henry Frémont revient avec nous sur plusieurs sujets actuels : Salon International de l’Agriculture, circuits-courts, transmission et accompagnement des agriculteurs, PAC…

Monsieur Henry Frémont, pourriez-vous vous présenter :

Je suis le Président de la Chambre d’Agriculture, mais avant tout, un agriculteur céréalier. J’ai une centaine d’hectares de terre, à Chemillé-sur-Indrois, dans le sud-est du Département. Je suis devenu de Président de la CA parce que mes collègues m’ont poussé à le devenir. J’ai débuté mon second mandat en 2019. Chaque mandat à la tête de la CA dure 6 années.

Pouvez-vous définir le rôle de la Chambre d’Agriculture en quelques mots ?

La Chambre d’agriculture est une chambre consulaire qui est là pour accompagner l’ensemble des agriculteurs du département, et ce, dans de nombreux domaines : techniques, environnementaux… L’accompagnement se fait à la fois dans l’installation, le développement et la transmission. Pour cela, notre structure propose des formations, des orientations, des méthodes, du conseil collectif et individuel. Cet accompagnement se fait également avec les collectivités territoriales, qui peuvent nous saisir sur des problématiques d’aménagement. On leur apporte nos compétences pour développer des projets agricoles.

Comment s’est passée la “Journée de la Touraine” du 27 février au Salon International de l’Agriculture ?

Une journée agréable et festive pour le monde agricole. Une journée de mise en lumière de nos savoir-faire. Or, ce jeudi, furent mis en avant notre agriculture, nos agriculteurs et nos produits de Touraine. C’est une fierté collective et individuelle. On a eu 75 médailles. Notamment en viticulture, produits laitiers, charcuterie. C’est une récompense pour nos producteurs qui font des produits de qualité, et cela donne de la lisibilité sur le travail accompli.

Lors de cette journée vous avez présenté le programme « Mangez local, Mangez Touraine ». Qu’est-ce exactement ?

C’est un projet novateur et unique. L’idée est simple : comment manger plus de produits issus de la Touraine, donc de notre territoire. Le gros de notre travail est de voir comment faciliter l’accès aux produits, de l’approvisionnement à l’assiette du consommateur. Comment dans la restauration scolaire, collective, dans les circuits traditionnels… on peut intégrer des produits locaux, donc de proximité. Et comment en termes de production, on massifie l’offre. Car il faut que l’on soit en capacité de consolider l’offre de nos producteurs pour répondre à l’ensemble des marchés locaux (restauration scolaire, grandes surfaces, épiceries, grossistes, entreprises de transformation…). D’ailleurs une plateforme « panier local » va permettre de caractériser l’offre. Elle sera expérimentée sur les Communautés de communes Touraine Ouest Val de Loire et Gatine et Choisilles Pays de Racan.

Nous parlons souvent de circuits-courts dans les médias. Quels sont les grands projets sur le département ?

Le gros projet, le principal reste « Mangez local, Mangez Touraine ». On a beaucoup de chance, car nous avons le soutien de Madame la Préfète. Elle a organisé de nombreuses rencontres avec les structures qui œuvrent dans ce domaine.

Autres projets : L’Agrocampus Fondettes a la volonté de créer un atelier-création de transformation du lait ; un projet légumerie au sein de la Métropole est en réflexion ; l’association « Circuits-courts Touraine Nord-Ouest » se développe sur les deux EPCI.

La CA s’organise pour répondre aux demandes des jeunes agriculteurs, notamment sur le développement de petites filières. Qu’allez-vous mettre en place ? Pouvez-vous nous parler du dispositif « Demain votre territoire » ?

« Demain votre territoire », comme l’a surnommé le magazine « Terre de Touraine », est un dispositif qui est fait pour les agriculteurs des Zones Défavorisées Simples. On fait un audit stratégique d’exploitation, avec derrière un plan d’action qui doit permettre d’aider les agriculteurs concernés. Ainsi, la CA37 regarde les possibilités futures pour les agriculteurs qui perdent l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) (une aide qui vient soutenir les agriculteurs installés dans des territoires où les conditions de productions sont plus difficiles qu’ailleurs, du fait de contraintes naturelles ou spécifiques) notamment sur la vente directe, le développement d’ateliers d’élevage, ou bien encore, un regard sur l’autonomie alimentaire.

Sur l’accompagnement des agriculteurs, jeunes ou moins jeunes, on travaille les nouvelles filières. On se coordonne avec les coopératives et les négociants pour organiser de ces filières, et voir comment on peut les développer, afin d’aboutir à un débouché. Le dessein d’une filière passe avant tout par le marché, et la demande des clients.

Que pouvez-vous nous dire de la structure « Aide37 » ?

La structure « Aide37 » existe depuis quelques années. On a réussi à rassembler les forces vives qui tournent autour de l’économie et des exploitations agricoles (banque, centre de gestion, MSA, Chambre d’agriculture…) dans le but d’apporter un accompagnement aux agriculteurs en difficulté. Lorsqu’un organisme nous signifie une difficulté, on fait un diagnostic, on travaille avec les créanciers sur les délais… On est aussi dans l’accompagnement technique, car parfois cela relève des pratiques de l’exploitant. C’est le rôle de l’association d’aider les agriculteurs en difficulté. Sur l’année on traite en moyenne une cinquantaine de dossiers. La grande majorité est conclue à l’amiable.

Et pour la valorisation des déchets, le recyclage, les méthaniseurs… ?

En termes de recyclage de nos déchets, on a une structure qui est financée par les agriculteurs et producteurs qui se nomme « Adivalor » : l’intervention se fait sur les emballages vides de produits phytopharmaceutiques ; les emballages de semences ; produits d’hygiènes pour élevage laitier ; fils plastique… En Indre-et-Loire, nous étions et sommes en avance sur la valorisation et recyclage des déchets. Pour les méthaniseurs, il y a plusieurs projets en développement. Ils permettent de produire du biogaz à partir de déjections animales, de résidus céréaliers (avoine, orge, etc.). Pour un agriculteur, c’est une nouvelle source de revenu. Néanmoins il faut près de 15 ans pour avoir un retour sur investissement.

Comment agri face aux conditions climatiques extrêmes qui touchent de plus en plus notre Touraine ?

Effectivement, céréaliers et éleveurs ont été très touchés par la sécheresse, et le gel. Pour nous il est impératif de stocker l’eau de l’hiver pour l’utiliser l’été. Regardez encore comment il a plu cet hiver 2020. Or, même si le gouvernement a ouvert des portes, localement c’est difficile. Que ce soit avec les associations ou les acteurs étatiques concernés, nous n’avançons pas. Nos projets souhaités en Indre-et-Loire, reposent sur de petites retenues collinaires pour sécuriser du maïs, ou avoir des cultures de niches de printemps. La réponse qu’on nous apporte est qu’il ne faut pas empêcher les gouttes d’eau d’aller à la mer…

Que pensez-vous de la mise en place d’un observatoire de lutte contre l’agribashing ?

L’observatoire permet de montrer que l’agribashing existe. Il permet de faire remonter les dossiers et de ne pas rester dans l’attente et l’inaction. En Indre-et-Loire on a moins d’intrusions que dans d’autres départements. Néanmoins, l’agribashing relève à la fois des actes physiques, mais aussi de la position de certains médias qui ne vérifient pas leurs sources, ou laissent, sans les démentir, des informations fausses. On est sur un mouvement de fond qui fait beaucoup de mal à la profession.

Récemment, des agriculteurs nous disaient manquer de perspectives pour l’avenir. Que faire pour améliorer cette lisibilité ?

La difficulté relève du manque de vision politique claire. On est sur un marché mondial et ouvert. Quel modèle pour protéger notre agriculture française ? Une agriculture familiale, reconnue dans tous les pays du monde. Tout le monde nous envie autour de nous. En France on est attaqué sur notre modèle. On a de la peine. On manque de lisibilité, car il nous n’avons pas une véritable politique agricole française. Une politique harmonieuse et cohérente : par exemple, les OGM sont interdits en France mais on importe du soja transgénique d’Amérique du sud (Argentine, Brésil). On a un cahier des charges restrictif, nous agriculteurs, mais on fait venir de l’étranger des produits qui ne respectent pas nos normes. Dans ce jeu, le consommateur à un véritable rôle à jouer. En tant que producteur, nous percevons la demande sociétale. Mais le consommateur a un acte d’achat qui ne correspond pas toujours, voire rarement à cette demande : les consommateurs disent vouloir des produits de proximité, de qualité, sans OGM, mais il n’est finalement pas prêt à payer plus cher, et se rend trop souvent en grande surface pour acheter et consommer des produits importés.

Quelle Politique Agricole Commune (PAC) voulez-vous pour 2021-2027 ?

Sur la PAC, on veut avoir un soutien à la hauteur de l’agriculture française. On a besoin d’un plan protéine. Le problème du plan 2014-2020 mis en place par Stéphane Le Foll est que l’enveloppe consacrée était faible. Aujourd’hui, il y a des protéines qui proviennent des marchés extérieurs, notamment d’Amérique latine, qui arrivent à des prix bas. Nous sommes dépendants des protéines extérieures. Pour pouvoir produire des protéines (Soja par exemple) il faut 250 euros à l’hectare de prime supplémentaire. La PAC peut être clairement orientée vers un plan protéine avec des moyens. C’est un choix politique.  

Que souhaitez à la France agricole pour 2020 ?

Un climat météorologique équilibré : un peu d’eau, de soleil, et pour ne pas gêner les touristes, de l’eau la nuit et du soleil le jour. Enfin, un contexte économique et politique serein, qui redonne un peu de vision à nos agriculteurs.

Publié le 05/03/2020
Sabine THILLAYE