Députée d'Indre-et-Loire
Membre de la commission Affaires étrangères
Membre de la commission des Affaires européennes

08 Avr

Discours du Président sur la dissuasion nucléaire : une doctrine française réaffirmée, une responsabilité européenne renforcée

Catégories : Commission des Affaires Européennes

Dans son discours prononcé à l’Île Longue, le Président de la République a réaffirmé avec force les principes fondateurs de la dissuasion nucléaire française, tout en en précisant l’adaptation dans un contexte stratégique profondément dégradé.

Je n’hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos intérêts vitaux. Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État, si puissant soit-il, ne pourrait s’y soustraire. Aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait. Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde guerre mondiale.

Ce discours s’inscrit dans une double exigence : préserver l’indépendance de notre doctrine et assumer, avec lucidité, notre responsabilité dans la sécurité du continent européen.

Face à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, à la montée des arsenaux dans plusieurs régions du monde et à l’évolution de la posture américaine, l’Europe doit regarder la réalité en face. Le temps d’une sécurité largement déléguée est révolu. Les Européens doivent renforcer leur capacité à assurer eux-mêmes leur protection.

Dans ce cadre, le Président a rappelé un principe essentiel : la dissuasion française demeurera souveraine. La décision ultime, la définition de nos intérêts vitaux et la mise en œuvre de notre doctrine ne se partagent pas. Cette autonomie stratégique constitue un intangible de notre souveraineté nationale.

Mais cette indépendance n’est pas synonyme d’isolement. La sécurité de la France ne peut être pensée en dehors de son environnement européen. C’est tout le sens de l’approche réaffirmée par le chef de l’État : une France pleinement souveraine, mais attentive à la sécurité de ses alliés et déterminée à approfondir avec eux le dialogue stratégique, en particulier avec l’Allemagne.

Le discours souligne également une dimension essentielle : une dissuasion crédible repose aussi sur des capacités d’appui solides. Alerte avancée, défense aérienne, maîtrise du ciel, frappe dans la profondeur : autant de moyens indispensables pour prévenir les menaces, renforcer notre protection et consolider la crédibilité de notre posture.

Cette orientation s’accompagne de la poursuite de la modernisation de nos capacités, qu’il s’agisse de la composante océanique, de la composante aéroportée ou des programmes technologiques qui garantiront, dans la durée, l’efficacité de notre dissuasion.

Enfin, le Président a replacé cette doctrine dans une perspective européenne plus large. Alors que les équilibres stratégiques se fragilisent et que les grands cadres de maîtrise des armements s’affaiblissent, l’Europe doit retrouver une capacité d’initiative, de protection et de cohérence. Il ne s’agit pas d’entrer dans une logique d’escalade, mais au contraire de garantir la paix par la crédibilité, la clarté et la préparation. Dans le monde qui vient, la paix ne se décrète pas. Elle se protège. Et elle suppose une Europe plus forte, plus lucide et plus responsable.

Publié le 08/04/2026
Sabine THILLAYE